15 Avr
  • Par Olivier Simon
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L’emploi, c’est un sport de contact et c’est en se rencontrant qu’on favorise les opportunités

Depuis 2016, le programme SEVE Emploi lutte contre le chômage de longue durée en proposant une formation terrain aux structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) fondée sur les principes de la médiation active. Yann Marchat et Héloïse Hamain, chargés de mission au sein du programme SEVE Emploi, nous expliquent cette méthode et ses résultats. 

En quoi consiste la médiation active à l’emploi ?

Yann Marchat : La médiation active est une stratégie d’accompagnement à destination de salariés en situation de transition professionnelle, dits “éloignés de l’emploi”. Contrairement aux méthodes plus classiques, la médiation active ne relie pas directement une offre et une demande d’emploi déjà constituée. Elle vise la mise en lien entre des employeurs et des personnes en recherche d’emploi pour faire émerger des besoins réciproques, en développant des expériences en situation de travail. 

Héloïse Hamain : Aujourd’hui, la démarche pour trouver du travail repose sur le CV, la lettre de motivation et l’entretien d’embauche. Toutefois, cette stratégie ne fonctionne pas pour les publics que nous accompagnons. Avec la médiation active, nous supprimons ces formalités, et nous misons tout sur la rencontre. Et c’est de cette rencontre que va naître une opportunité. 

Comment cela se traduit dans l’accompagnement des personnes ?

Yann Marchat : Une des notions importantes est celle de l’emploi d’abord. Dans l’accompagnement plus traditionnel, la logique consiste plutôt à lever les freins, avant de se concentrer sur l’emploi. Avec la médiation active, nous inversons les choses. Même si lever les freins reste important, mettre l’emploi en premier peut en réalité être une clé pour tout le reste. Dans notre logique d’opportunités, nous passons d’un modèle linéaire – je lève les freins, puis je vais en entreprise – à un modèle interactif où je vais aller tester très vite des situations professionnelles sous forme d’immersion. 

Héloïse Hamain : L’un de nos principes est que l’action révèle les atouts. La mise en situation professionnelle va permettre au salarié et à l’employeur de se projeter. Aussi, nous considérons que tout le monde est employable. Aujourd’hui, les structures d’accompagnement du volet social pur n’osent pas envoyer leur public vers des SIAE en se disant que la personne n’est pas prête à l’emploi. Mais la seule chose importante est de savoir si la personne en a envie. Il faut donner un rôle d’acteur à tout le monde et sortir de la logique « je suis bénéficiaire d’un service ». 

Qu’est-ce que cette méthode change pour les structures d’accompagnement et les employeurs ? 

Héloïse Hamain : Avec la médiation active, on pousse les professionnels des SIAE à aller vers les employeurs. 70 % des établissements qui recrutent ont moins de 50 salariés. Pourtant, les TPE, et même certaines PME, n’ont que très rarement des compétences en ressources humaines. Il y a un vide et c’est là que les structures d’insertion ont un rôle à jouer avec la médiation active. 

Yann Marchat : Il faut que les SIAE fassent de la prospection pour se rapprocher des employeurs de leur territoire et connaître leurs besoins. Ensuite, les structures peuvent proposer à l’employeur de venir présenter ses métiers, son activité ou pourquoi pas accueillir des salariés en transition professionnelle lors de visites d’entreprise. L’emploi, c’est un sport de contact. C’est en se rencontrant qu’on favorise les opportunités. 

Que disent les premiers bilans ? 

Héloïse Hamain : Pour les professionnels des SIAE, cette méthode perturbe énormément. Avec SEVE, nous les poussons à aller sur le terrain, ce qui n’est pas habituel pour eux. II faut leur faire comprendre qu’ils sont légitimes à aller dans les entreprises : les entreprises ont des besoins en recrutement, les SIAE sont expertes en recrutement, et connaissent les personnes en recherche d’emploi, alors leur rôle c’est d’éclairer les employeurs sur le recrutement et favoriser les mises en relations. C’est un changement de posture qui porte ses fruits. Mais ce n’est pas une méthode unique, elle doit s’adapter à chaque équipe et à chaque territoire.  

Yann Marchat : Notre méthode a été évaluée par un cabinet d’évaluation externe. Ce qui en ressort est que la médiation active a permis de doubler le nombre d’immersions mises en place par les SIAE et d’élargir le nombre de salariés concernés. Grâce à cela, la médiation active a un effet bénéfique sur les sorties en emploi, et en emploi durable, tout en réduisant les durées d’accompagnement du public. C’était l’objectif avec SEVE, et les SIAE formées à la médiation active sont davantage outillées pour favoriser l’accès à l’emploi durable des salariés qu’elles accompagnent. 

Héloïse Hamain, chargée de projet SEVE Emploi
Yann Marchat, chargé de projet SEVE Emploi

 

Propos recueillis par Chloé Rabs. 

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